Les âmes grises

Publié le par Finette

Il me semblait  que la critique "Les âmes grises" de Philippe Claudel figurait déjà sur mon blog...Mais je ne l'ai pas retrouvée...
Donc, je vous laisse découvrir le commentaire que j'avais dû écrire, en tant que jury du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2004, sur ce livre qui avait obtenu le Prix du Roman, largement mérité, selon moi.
 

Dans ce roman, le narrateur, policier à la retraite, noircit des pages de cahiers d’écolier, dans lesquelles il tente d’élucider un crime commis vingt ans auparavant, dans un village du nord-est de la France.Une fillette, celle de Bourrache le bistrotier du bourg, est retrouvée étranglée sur l’une des rives d’un canal. Le policier vieillissant s’interroge sur l’identité du coupable de ce meurtre odieux et, en même temps, il fait une chronique de son village lors de l’hiver 1917, période de l’assassinat de l’enfant. L’arrière-plan historique du récit a son importance. Le climat est lourd et oppressant en raison de la guerre qui fait irruption dans le bourg avec les arrivées successives des blessés, des « trépanés », des « culs- de- jatte », des « gueules cassées » ( p 137) qui haïssent les hommes du village exemptés de combats. Et puis ce crime…Qui a pu tuer l’enfant ? Serait-ce Destinat, le magistrat, vieillard solitaire et énigmatique, retranché dans son château ? Ou bien le juge Mierck, bonhomme repoussant et sans morale, qui « omet » d’interroger Destinat ? Est-il possible que ce soit un jeune déserteur breton, condamné à mort après des aveux arrachés par Mierck et l’odieux colonel Matziev ? On ne le saura pas, l’auteur a choisi ainsi de montrer que nul n’est innocent. Avec brio, Philippe Claudel inspecte ses personnages, il traque leurs failles, leurs tourments, leurs parts d’ombre et leurs passions. Il met à découvert leurs âmes qui ne sont ni blanches ni noires mais … grises ! Ce gris omniprésent dans l’œuvre : celui du temps, celui de la guerre, celui de la mort. Seules trois figures féminines lumineuses viennent éclairer le roman : La fillette assassinée surnommée « Belle de jour » tant elle était jolie, la ravissante et souriante nouvelle institutrice, Lysia Verhareine qui fait battre les cœurs et qui finira par se suicider après la mort de son fiancé à la guerre. Et puis la douce et aimante Clémence, femme du narrateur qui mourra en couches.

L’auteur met en scène tous ces personnages, les fait se parler, se quereller, se toiser, s’invectiver et parfois se respecter et s’aimer par le biais d’excellents dialogues agrémentés de nombreuses expressions de l’époque. Il utilise un vocabulaire très précis, parfois imagé, très expressif.Une  œuvre riche et grandiose, un style unique et irréprochable. Un roman d’une beauté sombre et envoûtante, c’est remarquable, bravo et merci Monsieur Claudel !

Les âmes grises, Philippe CLAUDEL (Stock, 2003)

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Jiil 20/03/2009 20:52

Lysia Verheraine n'est pas de la lumiére...elle s'éteind quand on lit ses lettres

Finette 21/03/2009 12:11



Moi je trouve que c'est une figure lumineuse comme les autres personnages féminins du roman comparés aux protagonistes masculins souvent très sombres et
parfois même d'une grande noirceur d'âme.



Yv 14/08/2008 20:13

Bonjour,J'ai moi aussi adoré ce livre, le style Claudel et bien sûr les personnages et l'histoire. Par contre, je n'ai pas aimé le film : trop abscons, bien que je connaisse le livre. Très bon livre  de Claudel aussi: La petite fille de M. Linh.

Finette 14/08/2008 21:11


Bonsoir et bienvenue sur mon blog!
Je n'ai pas vu le film "Les âmes grises" mais, malgré des critiques qui ne sont pas extraordinaires, j'ai très envie de le voir. Le roman est tellement extraordinaire qu'il a dû être difficile de
l'adapter.
J'aime également beaucoup "La petite fille de Monsieur Linh" dont j'ai fait la critique sur mon blog.

A bientôt!


Mariangela 13/08/2008 18:02

Buon Ferragosto ( così si chiama in italiano il 15 d'agosto"), Delphine! e voi come lo chiamate? ciao,ciao!

Finette 13/08/2008 18:26


Mariangela m'écrit : " Bon Ferragosto ( c'est ainsi qu'on appelle en italien le 15 août)! Et vous, comment l'appelez-vous? Bye, bye!"

Ma réponse : Bonjour Mariangela! Merci de m'apprendre un nouveau mot!
En France, on dit " l'Assomption" (qui est l'élévation miraculeuse de la Vierge au ciel après sa mort, selon le dictionnaire Larousse 2005)). Bon Ferragosto alors! Bizzz


nath 12/08/2008 07:47

Waouh, Wwaaaaouh, je suis subjuguée par ton com et ton avis. Tu parles si bien de ce roman que je vais me plonger dans "Les âmes grises" môa, le plus rapidement possible. Ensuite, je me débrouillerais pour visionner le DVD. Bonne journée, ma belle... A bientôt ! Bises

Finette 12/08/2008 11:06


Merci, tu vas me faire rougir! :)
J'attends tes avis sur le livre et le film, alors!
Bonne journée, bizzz

A Bientôt!