Lundi 1 décembre 2008

Marthe, la quarantaine, est professeur de mathématiques. Les vacances d'été viennent de débuter.

Son mari, Pierre, la quitte pour une autre femme, plus jeune, avec qui il va avoir un bébé.

Marthe est anéantie par cette rupture et plus encore par l'annonce de l'arrivée prochaine de cet enfant. Avec Pierre, ils n'ont jamais vraiment eu envie d'en avoir.

Marthe décide de partir  se réfugier en bretagne, dans la maison de sa grand-mère adorée, Marguerite, aujourd'hui disparue. C'ette dernière l'a élevée une partie de son enfance dans cette petite maison isolée et située en bord de mer. Elle y a été heureuse jusqu'à ce que sa mère revienne la chercher pour l'emmener vivre à Paris.

Avant de rejoindre la Bretagne, Marthe se rend dans un supermarché. Et là, un moment de folie va lui faire commettre l'irréparable. Elle aperçoit un bébé dans un caddie. Il n'y a personne autour de lui et il pleure beaucoup.

Elle le kidnappe et l'emmène avec elle à Penmarch...

 

Le bébé s'appelle Ludo. Sa mère, Alice, a 18 ans. Elle ignore qui est le père de son enfant. À l'annonce de sa grossesse, ses parents l'ont chassée de chez eux. Alice se partage entre son boulot dans un pressing et Ludo qu'il faut emmener et aller rechercher à la crèche, qu'il faut laver, faire manger, avec qui il faut jouer...et puis, il y a toutes les tâches ménagères et les courses. Ce quotidien pèse lourd sur les frêles épaules de cette toute jeune fille qui aimerait avoir du temps pour elle et des activités similaires aux gens de son âge.

Quand Ludo a disparu, Alice parlait avec un ami et sétait quelque peu éloignée de son caddie. Après s'être aperçue qu'il n'était plus là, elle a paniqué puis une idée folle lui a traversé l'esprit, et si elle attendait avant de prévenir quelqu'un? Cela lui permettrait de faire gagner du temps au ravisseur et elle pourrait retrouver sa liberté et l'insouciance de sa jeunesse...  

 

Avec une écriture et un style simples et sobres, Marie Sizun décrit  bien les tourments de l'âme, les fragilités, les folies et les errances de deux femmes. Alice et Marthe ont un rapport très différent à la maternité.

Chacune a eu un instant de folie mais on a envie qu'elles s'en sortent, qu'elles trouvent une aide, un appui. On a l'impression qu'il faudrait ou qu'il aurait fallu peu de chose pour qu'elles soient heureuses.

L'auteur ne dénonce pas l'attitude des ces deux femmes, pas plus qu'elle ne l'excuse, mais elle porte un regard sensible sur ses personnages. On comprend leur folie, comment elles ont été amenées à commettre un acte irraisonné, comment elles en sont arrivées là.

 

Les avis de FLORA et SYLIRE

 

Jeux croisés, Marie Sizun (Arléa, 2008)

par Finette publié dans : Littérature française
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Mardi 18 novembre 2008

Simon Darget, un quadragénaire marié et père de deux enfants, est arrêté et reconnu coupable du viol et du meurtre sauvage d'une adolescente.
La narratrice, sa femme, raconte 16 ans de vie commune et le procès de son mari auquel elle assiste en tant que témoin.
Simon Darget semblait mener une vie ordinaire et tranquille. Cependant, très rapidement, le récit de sa femme rend compte d'un homme violent physiquement et verbalement, instable professionnellement, menteur, infidèle, pervers sexuel...
Dés leur premier rencontre, cette femme qui était  alors toute jeune et qui affichait quelques années de différence avec son futur mari, s'est laissée berner et abuser par cet homme séduisant et beau parleur.
On pourrait penser qu'elle éprouve de la haine pour cet  individu horrible qui lui a rendu la vie insupportable...Mais, au contraire, elle normalise tous les comportements et propos de son mari, allant jusqu'à lui trouver des excuses sur des attitudes inacceptables.
Pire encore, elle a fermé les yeux sur des éléments et indices qui auraient pu permettre d'inculper son mari sur d'autres viols et crimes ayant eu lieu dans différentes régions où ils ont résidé.
Finalement, on s'aperçoit que cette femme est aussi monstrueuse et malsaine que son mari même si elle,n'a pas commis de crime. On ne peut pas éprouver de pitié pour elle ou si peu. Elle est mesquine, bête, raciste, impitoyable avec son entourage ( hormis avec son mari et ses enfants), parfois manipulatrice quand elle attise la colère de son mari pour qu'il aille régler leur compte à des voisins.
Elle ment lorsqu'elle est entendue par les enquêteurs, elle cache la véritable personnalité de son mari.
Le procès lui permet  d'exister et de s'octroyer le rôle et le statut de victime, elle joue l'épouse qui n'a jamais rien eu à reprocher à son mari et qui est tombée des nues lorsqu'elle a appris qu'il était reconnu coupable de viol et de meurtre.
On comprend qu'elle voulait , pour elle, préserver un bonheur illusoire.

Ce livre met mal à l'aise parce que cette femme est aussi abjecte et répugnante que son mari et  elle nous prend à parti, nous lectrices, et à de nombreuses reprises. Elle relate les faits et gestes particulièrement  répugnants de son mari et finit toujours par nous dire " mais c'est tout à fait normal, mesdames" ou " vous serez d'accord avec moi" alors que non, pas du tout, ce qu'elle nous raconte est terrifiant , écoeurant et inqualifiable.
J'ai beaucoup aimé ce roman très bien écrit et construit, extrêmement prenant et dérangeant. L'histoire m'a fait froid dans le dos ( la première de couverture également!) et j'y ai repensé et j'y repense encore depuis la fin de ma lecture.

La femme du monstre, Jacques Expert (Anne Carrière, 2007)

par Finette publié dans : Littérature française
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Lundi 29 septembre 2008

Le Balto c'est le bar-tabac-journaux de Joigny-les-Deux-Bouts, une cité pavillonnaire en fin de ligne RER. Il est tenu par Joël Morvier,  62 ans. C'est un sale type, pervers, raciste, antipathique au possible et qui est loin de faire l'unanimité. Alors, quand on découvre son cadavre nu lardé de coups de couteaux, un certain nombre d'habitants de Joigny-les-Deux-Bouts est suspecté et interrogé par un commisaire de police. Lors des interrogatoires, chacun se met à raconter sa misérable vie avec son lot de problèmes de boulot, de lycée, d'argent,de couple, de relations avec les proches... Ainsi, l'auteur revêt les costumes de plusieurs personnages de sexe, âge, origine différents :

Joël Morvier, dit Jojo, dit Patinoire, l'infâme tenancier du Balto qui cache un terrible secret. 
- Jacques dit Jacquot le daron ou coco, père de famille à la dérive, collé à sa télévision depuis qu'il est au chômage et qui rêve de décrocher le gros lot.
- Yéva , dite Mme Yéva, la daronne ou la vieille, horrible bonne femme vulgaire aussi bien physiquement que dans ses propos. Quand elle ne travaille pas, elle passe son temps à rabrouer son fils aîné Tanièl et à humilier son mari, Jacques. En revanche, elle est très protectrice voire étouffante avec son fils cadet Yeznig, handicapé mental.
- Tanièl,  dit Tani, Quetur ou bon à rien, s'est fait virer du lycée pour avoir agressé le conseiller d'orientation. Il sort avec Magalie Fournier.
- Yeznig, dit bébé, le gros ou l'handicapé, est déficient mental,  il recompte ses dents après chaque repas. Il travaille au CAT. C'est un gros nounours étouffé par sa mère.
- Mélanie Fournier, dite la blonde, la traînée ou la meuf de Quetur, c'est une petite blondasse écervelée, qui se croit irrésistible, une allumeuse qui s'exprime en langage sms et en franglais. Elle sort avec Tanièl et lui en fait baver.
- Nadia et Ali Chacal, dits les jumeaux, les Marseillais  ou les chacals. Ils ne se supportent pas et semblent emprunter une voie complètement différente. Nadia la sérieuse,  veut faire oublier qu'elle est fille d'immigrée, elle souhaite se faire la plus discrète possible. Ali est un bagarreur, une petite racaille pas bien méchante qui "serrerait" bien volontiers la copine de son ami Tanièl.
Tous détestaient  Joël Morvier et ne s'émeuvent pas de la mort de ce dernier.

J'ai beaucoup aimé ce roman de Faïza Guène comme ses deux précédents livres d'ailleurs, "Kiffe kiffe demain" ( 2004) et "Du rêve pour les oufs" (2006).
Elle s'exprime dans un style  assez cru, elle est douée pour les dialogues, les répliques cinglantes qui font mouche.
Dans "Les gens du Balto" on retrouve des thématiques communes à ses deux premiers romans : la misère sociale et intellectuelle, le chômage, le racisme, l'immigration, la violence, la place prépondérante de la télévision et son influence sur les gens, l'incommunicabilité entre les êtres, la solitude...
Elle décrit une société très sombre, à la dérive même si quelques touches d'humour viennent parfois émailler son histoire. Les personnages semblent n'avoir plus ou pas de rêves, en tous les cas, ils n'ont pas les moyens de les réaliser. Toutefois, certains veulent s'en sortir et échapper à ce marasme. Ils sont, dans l'ensemble, assez antipathiques et agaçants mais l'auteur parvient à leur apporter une part d'humanité qui les rend tous, à un moment ou à un autre,  touchants et émouvants.


" On n'est pas condamné à l' échec ou alors ce serait une putain d'injustice la vie"

Cette vision du monde semble révolter la jeune auteur, on sent sourdre la "colère" en elle et c'est ce que j'apprécie particulièrement dans ce livre. Il n'y a pas de dénonciation ni de démagogie ici, juste un constat des faits, la peinture d'une réalité triste et plutôt glauque.
Il y a quelques années, Faïza Guène m'avait énervée lors d'émissions télévisuelles, je l'avais trouvée agressive, arrogante et peu pertinente, mais j'aime beaucoup ses livres et son ton. Je trouve qu'elle progresse de livre en livre et qu'elle a gagné en maturité. Je lui souhaite autant de succès avec "Les gens du Balto" qu'avec ses précédents romans.

Extraits :

" J'ai mis des mômes au monde mais ça, tout le monde peut le faire. Je dis ça parce que mon gamin m'a appris qu'il avait engrossé par erreur une petite gourde qu'il fréquentait depuis quelques mois. Non mais vous imaginez. J'aurai tout vu moi. Même pas eu le temps d'être père que je vais devenir grand-père. Dix-sept ans qu'il a , le gamin. Quelle génération! Je me demande comment qu'il a fait. Il lui a envoyé le spermatozoïde par sms ou quoi?"

" On est bien ici dans le pays de la vérité et de la justice? La France? Avec un F majuscule comme j'imaginais dans ma jeunesse? ( ...)
Ce qui est sûr, c'est qu'on est peut-être au pays des droits de l'homme mais certainement pas au pays des droits de l'homme pauvre."



Pour lire ma critique de " Du rêve pour les oufs", c'est par
ICI!

"Les gens du Balto", Faïza GUÈNE ( Hachette Littératures, 2008)

par Finette publié dans : Littérature française
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Samedi 9 août 2008

Il me semblait  que la critique "Les âmes grises" de Philippe Claudel figurait déjà sur mon blog...Mais je ne l'ai pas retrouvée...
Donc, je vous laisse découvrir le commentaire que j'avais dû écrire, en tant que jury du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2004, sur ce livre qui avait obtenu le Prix du Roman, largement mérité, selon moi.
 

Dans ce roman, le narrateur, policier à la retraite, noircit des pages de cahiers d’écolier, dans lesquelles il tente d’élucider un crime commis vingt ans auparavant, dans un village du nord-est de la France.Une fillette, celle de Bourrache le bistrotier du bourg, est retrouvée étranglée sur l’une des rives d’un canal. Le policier vieillissant s’interroge sur l’identité du coupable de ce meurtre odieux et, en même temps, il fait une chronique de son village lors de l’hiver 1917, période de l’assassinat de l’enfant. L’arrière-plan historique du récit a son importance. Le climat est lourd et oppressant en raison de la guerre qui fait irruption dans le bourg avec les arrivées successives des blessés, des « trépanés », des « culs- de- jatte », des « gueules cassées » ( p 137) qui haïssent les hommes du village exemptés de combats. Et puis ce crime…Qui a pu tuer l’enfant ? Serait-ce Destinat, le magistrat, vieillard solitaire et énigmatique, retranché dans son château ? Ou bien le juge Mierck, bonhomme repoussant et sans morale, qui « omet » d’interroger Destinat ? Est-il possible que ce soit un jeune déserteur breton, condamné à mort après des aveux arrachés par Mierck et l’odieux colonel Matziev ? On ne le saura pas, l’auteur a choisi ainsi de montrer que nul n’est innocent. Avec brio, Philippe Claudel inspecte ses personnages, il traque leurs failles, leurs tourments, leurs parts d’ombre et leurs passions. Il met à découvert leurs âmes qui ne sont ni blanches ni noires mais … grises ! Ce gris omniprésent dans l’œuvre : celui du temps, celui de la guerre, celui de la mort. Seules trois figures féminines lumineuses viennent éclairer le roman : La fillette assassinée surnommée « Belle de jour » tant elle était jolie, la ravissante et souriante nouvelle institutrice, Lysia Verhareine qui fait battre les cœurs et qui finira par se suicider après la mort de son fiancé à la guerre. Et puis la douce et aimante Clémence, femme du narrateur qui mourra en couches.

L’auteur met en scène tous ces personnages, les fait se parler, se quereller, se toiser, s’invectiver et parfois se respecter et s’aimer par le biais d’excellents dialogues agrémentés de nombreuses expressions de l’époque. Il utilise un vocabulaire très précis, parfois imagé, très expressif.Une  œuvre riche et grandiose, un style unique et irréprochable. Un roman d’une beauté sombre et envoûtante, c’est remarquable, bravo et merci Monsieur Claudel !

Les âmes grises, Philippe CLAUDEL (Stock, 2003)

par Finette publié dans : Littérature française
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Dimanche 27 avril 2008


Émilie est une toute jeune fille un peu paumée, elle vit dans un foyer et n'a plus de contact avec sa famille excepté  avec un de ses frères. À paris, Elle va accoucher sous X d'une petite fille.
Ensuite, elle partira à Saint-Malo pour faire un stage dans un centre de thalassothérapie, elle veut prendre un nouveau départ.
Judith est plus âgée et va elle aussi accoucher dans le même hôpital qu' Émilie. Elle essaie d'avoir un enfant depuis 9 ans. Elle est déjà fragilisée par la mort de deux enfants à la naissance. Cette fois, Judith attend un petit garçon, Camille. Le père de l'enfant, Nathan, est absent car Judith et lui se sont séparés.

Émilie donne naissance à Léa à laquelle elle s'attache mais elle ne renonce pas pour autant à la faire adopter.
Malheureusement, Judith perd à nouveau son enfant. Folle de douleur, Judith vole Léa et la ramène chez elle.
Magré son désarroi, Émilie se rend à Saint -Malo où elle attend désespérement que Léa soit retrouvée...
Dés lors, le destin des deux femmes sera intimement lié.

Je ne peux pas vous en dire plus sans gâcher immanquablement un suspense maintenu jusque dans les dernières pages.
J'ai lu ce livre quasiment d'une traite. Le thème de la maternité est développé avec intelligence.Quelques revirements de situation apportent un rythme et un souffle particuliers à l'histoire.
Les deux personnages féminins sont décrits en profondeur  et elles s'expriment tour à tour tout au long du livre.
On suit l'épanouissement de l'une par opposition à la déchéance de l'autre. Elles sont complètement différentes mais sont animées du même amour maternel.

L'histoire se déroule en grande partie à Saint-Malo ce qui ajoute un petit plus à l'histoire, on s'y croirait vraiment. Il faut dire que l'auteur y vit depuis quelques années. Le milieu maritime et l'univers de la thalasso sont décrits avec réalisme.
Un beau livre et la découverte d'un auteur dont j'ai envie de déguster d'autres romans.

Comme une mère, Karine REYSSET ( Éditions de l'Olivier, 2008)


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