Jeudi 28 février 2008
Linnea est une suédoise de 16 ans, qui mesure 1m80 et ne sent pas bien dans sa peau.  Elle est secrètement  amoureuse de Markus depuis trois ans. Elle vit avec sa mère, Ingo son beau-père artiste  et Knotte, 9 ans, son petit frère adoré. Elle voit son père une fois de temps en temps mais leurs relations ne sont pas au beau fixe.

Elle nous raconte  avec humour son histoire d'amitié de 120 jours avec la singulière Pia jusqu'à la mort de celle-ci.
Ensemble, elles dissertaient sur la vie, la mort,  la politique, la religion...
Elles se moquaient  parfois des autres,  notaient les garçons, en bref, elles rigolaient beaucoup, étaient plus fortes à deux et s'étaient bien trouvées.


Linnea a beaucoup de mal à accepter la mort de Pia. Pour se défouler, elle a passé l'été devant le mur  du dressing de  sa grand-mère, à gratter les motifs du papier peint et à parler :

"Il ne me reste que le mur pour parler. Il y a des jours où je dois poser ma tête sur mes genoux et la cacher dans mes bras, pour ne pas la taper de toutes mes forces contre ce mur".

"En fait, j'avais quelque chose à oublier. Et pour pouvoir l'oublier, il fallait d'abord que je m'en souvienne, c'est ce que ma grand-mère m'avait dit."

J'ai déjà lu des romans dont l'héroïne est une adolescente qui raconte sa vie mais ce livre est différent et j'ai été sous le charme de Linnea et Pia dés les premières pages.
C'est un roman souvent  profond qui livre parfois des réflexions pertinentes, pleines de bon sens :

"Le travail à l'école suivait son petit bonhomme de chemin, sans problèmes majeurs, comme d'habitude, mais je me souviens de ce que j'avais pensé : me voilà assise ici, pleine de bonne volonté pour apprendre quelque chose, et eux là devant, ils sont pleins de bon
ne volonté pour nous enseigner quelque chose. C'est quand même bizarre que ces volontés ne se rencontrent jamais."

Dans un autre passage, Linnea décrit une réunion d'information sur l'orientation et le choix des options, le conseiller élabore un schèma avec des flèches qui vont dans tous les sens, résultat : c' est incompréhensible.Alors ça , c'est très réaliste, je l'ai vécu aussi!

 Certains passages sont émouvants :
"Est-ce qu'une amitié s'arrête quand un des deux amis meurt, s'éteint tout simplement comme quand on écrase une cigarette?...
On n'a pas de statut quand on a perdu un ami! Si ton mari meurt, tu deviens veuve, une veuve vêtue de noir et les gens baissent la voix en ta présence pendant des années.
Si c'est ton meilleur ami qui meurt, les gens te demandent après quelque temps pourquoi tu broies encore du noir."


Et à d'autres moments, carrément hilarants :

"Dans un magazine anglais j'ai lu qu'il fallait se mouiller les lèvres, gonfler les narines et fixer sans cesse la lèvre inférieure du garçon en gardant les yeux mi-clos, ai-je dit. J'ai essayé cette technique au dernier bal de l'école. Mais les garçons m'ont tous évitée, pourquoi?
-"J'imagine que tu as confondu, tu as dû te mouiller les narines en gonflant les lèvres, a dit Pia.
Ou bien ils ont vu une fille trembler, loucher et respirer bruyamment! Qu'est-ce qu'ils ont dû penser, les pauvres?"

A part ça, Linnea a une technique imparable, dont elle use en particulier avec son père pour lui faire croire qu'elle est toujours contente :

"Je frottais mes incisives avec un mouchoir pour les assécher, ensuite je collais ma lèvre supérieure aux dents sèches, pour donner l'impression de sourire tout le temps"

Linnea est également très drôle quand elle parle de son prof de bio alias "Le meurtrier à la hache" qui, bien sûr, terrorisent tous ses élèves. Un jour, toute la classe décide de se rebeller et ourdit un plan afin de déstabiliser ce tyran. Mais les choses ne se passeront pas comme prévu, notamment pour Linnea, qui se retrouvera dans une situation bien inconfortable...

Petit détail particulier et qui m'a bien plu : les pages du livre sont  imprimées en rose!

L'auteur, Katarina Mazetti, a écrit deux autres livres dans lesquels on retrouve Linnea dont "Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini".  Vous l'aurez compris je ne passerai pas à côté de ces romans et des autres livres de l'auteur.

Entre dieu et moi, c'est fini,
Katarina Mazetti (Gaïa Editions, 2007, t.f.)
Littérature suédoise (pour adultes et adolescents)


Les avis de Clarabe
et Cuné

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Lundi 19 novembre 2007

Une fois encore, Tracy Chevalier me charme par ses talents de conteuse. Après l’histoire romancée du tableau de Vermeer « La jeune fille à la perle », l’auteur s’attaque ici à une œuvre mythique « La dame à la Licorne », tapisserie conservée au musée de Cluny à Paris.

Son récit se déroule sur trois ans et nous fait voyager entre Paris et Bruxelles.

Sous le règne de Charles VIII, le miniaturiste Nicolas des Innocents se voit commander une suite de tapisseries de grande importance par le noble Jean Le Viste, qui souhaite décorer une des pièces de sa demeure parisienne. Il souhaite une reproduction de la bataille de Nancy mais sa femme Geneviève de Nanterre s’y refuse. Nicolas des Innocents finira alors par réaliser une représentation des cinq sens avec des personnages féminins – librement inspirés de Geneviève et de sa fille Claude- et une licorne. Une fois les dessins achevés, les travaux de tapisserie sont confiés à des artisans bruxellois par l’intermédiaire du marchand- négociant de Jean Le Viste.

Ce dernier exige que les tapisseries soient achevées en trois ans ce qui constitue un véritable défi pour les artisans.

L’un des intérêts de ce roman, c’est la multiplicité des voix qui s’y expriment. En effet, chaque protagoniste donne sa vision des faits ; pour chacun d’eux, la réalisation des tapisseries n’aura pas le même impact et ne revêtira pas la même intensité. Peintre, marchand, tapissiers, épouses, filles et servantes se déchaînent dans un tourbillon de sentiments, de passions, de haine et de trahison.

En outre, « La dame à la Licorne » offre un double aspect, à la fois historique et en même temps romanesque.

Historique, parce que le contexte, à savoir la France du 15ème siècle, est restitué avec précision, certains éléments sont authentiques, par exemple, la manière dont travaillaient les artisans au Moyen Age. A ce sujet, l’auteur n’est pas avare de détails fort intéressants.

Romanesque, parce qu’elle invente la genèse de cette œuvre d’art en brodant tout autour des anecdotes savoureuses, des intrigues de cœur et de cour, qui créent ainsi un véritable suspense.

La dame à la licorne, Tracy Chevalier (Quai Voltaire / La Table Ronde, 2003)

Livre lu et commenté dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2004

par Delphine publié dans : littérature étrangère
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Lundi 19 novembre 2007

Colum McCann fait preuve d’une certaine audace en choisissant d’écrire un roman sur la vie du très célèbre et controversé danseur Noureïev.

La structure de son récit est intéressante puisque l’auteur propose différents points de vue, il imagine les personnages ayant vécu auprès de Noureïev et leur donne la parole : sa famille, ses amours, ses amis, des gens qui l’ont entouré, qui ont travaillé avec lui.

Il peint une époque définitivement révolue dans un style rapide et nerveux. Il fait un parallélisme entre deux univers, un va-et-vient constant entre deux mondes : celui misérable des parents de Noureïev, de sa première professeur de danse à l’ouest, à Oufa, et celui du danseur fait de folies, d’extravagances, et d’abondance à l’Est, lorsqu’il commence à devenir célèbre et à parcourir le monde entier.

L’auteur a pris le parti d’insister sur le cynisme, la cruauté et les excès du danseur mais aussi sur sa quête de perfection et d’absolu.

Seul petit bémol : je m’attendais à davantage de développements, de précisions sur la danse, le travail de Noureïev en tant que danseur-étoile, puis directeur à l’Opéra de Paris.

Un roman assez sombre qui donne envie de lire d’autres ouvrages sur le danseur le plus doué et le plus fou de notre époque.

Danseur, Colum McCann (Belfond, 2003)

Livre lu et commenté dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2004


par Delphine publié dans : littérature étrangère
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Mercredi 29 août 2007
Bê a 12 ans et vit  à Rêu , un petit bourg vitenamien non loin de Hanoi. C'est une petite fille vive, dégourdie, intelligente et rebelle. Elle vit avec sa mère, professeur, mais voit peu son père qui est soldat en poste à la frontière Nord du pays.
Toutes deux mènent donc une vie tranquille jusqu'au jour où arrive un nouveau professeur de gymnastique qui s'avère très dur, méprisant, injuste et très attiré par les jeunes filles. Il harcèle notamment la très jolie et timide Bôi. Témoin de ce comportement, Bê  décide de se venger du
professeur. Cet acte de rébellion sera très sévèrement sanctionné par le renvoi de Bê qui est pourtant une très bonne élève et qui n'avait jamais posé de problème auparavant.
Dés lors, honteuse d'elle-même et vis à vis de sa mère, Bê passe ses journées à se morfondre.
Finalement, elle décide de fuir et d'aller retrouver son père au poste frontière de Khâu Phai.
Loan, sa meilleure amie, souhaite échapper à son beau-père et l'accompagnera donc dans ce long périple.
Elles vont vivre alors toutes sortes d'aventures et faire des rencontres qui enrichiront leurs vies et les feront grandir.

Ce roman initiatique est une merveille, il est en partie autobiogr
aphique et je me suis plongée dedans avec délectation.
L'auteur possède une forte puissance évocatrice. Dés les premières pages, j'ai été transportée dans un Viêtnam poétique, exotique, parfois sensuel et empreint de croyances, rites, coutumes inhérents à la vie de tout vietnamien.
Il est aussi beaucoup question dans ce livre de nourriture; et moi qui ne suis pas une grande amatrice de gastronomie asiatique, j'ai souvent eu l'eau à la bouche.
Je trouve que tout est réussi dans ce roman -descriptions,dialogues, portraits de personnages hauts en couleur- et je l'ai fini avec émotion et regret .


Vous l'aurez compris, j'ai eu un gros coup de coeur pour cet "Itinéraire d'enfance".
J'avais découvert Duong Thu Huong avec "Terre des oublis", livre que j'avais commencé sans pouvoir le finir pour cause de fin de prêt  et j'avais déjà été charmée par ses talents d'écrivain.

Itinéraire d'enfance, Duong Thu Huong (Sabine Wespieser éditeur, 2007 pour la langue et la traduction françaises).
par Delphine publié dans : littérature étrangère
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Jeudi 16 août 2007
Sakutaro et Aki, deux jeunes japonais, se rencontrent au collège et nouent très vite une relation amicale. Au fil du temps, leurs sentiments évoluent et ils tombent amoureux, éprouvant l'un pour l'autre un amour pudique et romantique. Ils font des projets d'avenir mais la jeune Aki tombe malade et passe ses journées à l'hôpital. Aki est atteinte d'une leucémie qui finira par l'emporter.
Après le décès de son amour, Sakutaro est désespéré, il n'a plus goût à rien et se renferme sur lui-même.

Cette histoire d'amour ancrée dans un Japon actuel m'a beaucoup séduite.
Dés le début, nous savons que Aki est morte, le récit se déroule donc à l'envers.Sakutaro raconte le voyage en Australie avec les parents d'Aki afin de procéder à la dispersion de ses cendres. Puis il remonte le temps et déroule le fil de leur histoire : leur rencontre, leur amour naissant, la maladie puis la mort d'Aki.

Tout au long de l'histoire, les deux amoureux se posent beaucoup de questions sur la vie, l'amour, la maladie, la mort...Une fois seul, Sakutaro continue à s'interroger notamment sur l'après, comment réapprendre à vivre?

Je vous conseille vivement ce roman sensible, intelligent, poétique, romantique mais pas mièvre.
Même si l'histoire se situe dans  le Japon d'aujourd'hui, il y est question  de mythes, de récits ancestraux, de codes amoureux qui ajoutent un charme à ce cri d'amour.
Enfin, j'ai aimé la figure du grand-père de Sakutaro  qui joue un rôle important dans la vie de son petit-fils, l'histoire d'amour qu'il a  vécu autrefois aura un écho, une répercussion sur Sakutaro. Je ne vous en dis pas plus...

Extrait :

-Le premier baiser de Sakutaro et Aki a lieu dans un temple :

"Nous avons échangé un baiser au moment même où les dernières traînées du jour s'effaçaient à l'horizon. Nous étions restés un moment les yeux dans les yeux. Nos lèvres se sont jointes spontanément lorsque nous avons pris conscience de l'invisible consentement qui était monté en nous. Les lèvres d'Aki avait un goût de feuille d'automne. Peut-être était-ce dû à l'odeur des feuilles mortes que l'homme en pantalon blanc faisait brûler dans la cour du temple. Elle appliqua sa main sur la bosse que faisait la boîte dans ma poche et m'embrassa de nouveau avec force.
 Le goût de feuille morte se fit plus pénétrant encore."

Un grand cri d'amour au centre du monde, Kyoichi KATAYAMA (Presses de la Cité, 2006 pour la traduction française)
 

par Delphine publié dans : littérature étrangère
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