Jeudi 6 novembre 2008

Le 31 mai 2001 en gare de Shinjuku (Tokyo), 54 collégiennes et lycéennes décident de se suicider. Main dans la main , elles se jettent sous un train. Dans ce carnage, une seule survivante : Saya.
Quand elle retourne au lycée pour filles, elle y retrouve Kyôto, celle qui était sa meilleure amie.
Autrefois, elles étaient très complices. Elles s'étaient connues à l'école primaire, étaient inséparables et tenaient en alternance une sorte de journal intime.
Kyôto ne comprend pas pourquoi Saya a voulu se suicider ni pourquoi elle s'automutile. Puis elle apprend que son amie fait des photos pornographiques et se prostitue. Kyôto a commencé à changer de comportement à partir de sa rencontre avec l'étrange Mitsuko et son entrée dans un club très particulier, une sorte de secte dirigée par Mitsuko qui a organisé le suicide à la gare et y est morte.
Le statut de survivante de Shinjuku confère à  Saya une certaine aura et un certain mystère.Peu à peu, des jeunes filles se rapprochent d'elle et la considèrent comme la digne héritière de Mitsuko...
Kyôto ne sait pas comment  aider son amie mais elle essaie de garder un semblant de relation avec elle.
Grâce à un professeur, Kyôto va découvrir la réalité sur ce cercle de jeunes filles et sur l'énigmatique Mitsuko, ce qui va l'entraîner dans une situation très dangereuse...

Ce manga en noir et blanc, lugubre et assez dérangeant m'a bien plu en dépit de toute la noirceur qui s'en dégage.
Rebondissements et suspense rendent la lecture de ce manga-polar-thriller attrayante. Les thèmes du suicide, de l'automutilation, de la prostitution, du mal-être adolescent et de la quête et du culte de l'identité sont au coeur  du " Cercle du suicide". Il est très différent des mangas que j'ai l'habitude de lire. L'atmosphère mi-réaliste, mi- fantastique nous conduit aux portes de l'Enfer. L'auteur ne donne pas de réelles explications ni de solutions à ce phénomène de suicide collectif, il nous raconte et nous dessine juste une histoire terrifiante et effroyable.
Attention, ce manga n'est pas à mettre entre toutes les mains et deux avertissements sont signalés, l'un en première de couverture et l'autre en quatrième.

Le cercle du suicide, Usamaru Furuya ( Casterman, 2005)

par Finette publié dans : Bande dessinée, Manga
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Dimanche 2 novembre 2008

Les sisters ce sont Wendy l'aînée, une grande brune aux cheveux raides et sa cadette, Marine, une petite blonde aux cheveux  bouclés. Ensemble, elles font les 400 coups. Elles se chamaillent, se courent après, se bagarrent mais elles sont aussi très complices.
La petite imite la grande, lui pique son maquillage et ses vêtements et n'a de cesse de lire le journal intime de son aînée. La grande aimerait bien que sa sangsue de petite soeur lui lâche un peu les baskets mais elle continue à partager beaucoup de moments de jeux et de bêtises avec elle.
Ces deux pestes sont irrésistibles, le langage employé est drôlatique, notamment celui de la petite.

Les auteurs et le dessinateur, qui sont des hommes, ont parfaitement observé les filles et ont su capter toutes les " subtilités" féminines. :)
William le  co-scénariste et dessinateur s'est visiblement largement inspiré de ses filles puisqu'il  leur dédie l'album :

" À mes deux tornades adorées : Wendy et Marine. Et à Sandrine, leur maman."

Pour ma part, Wendy et Marine m'ont fait penser à Maud, Lucie, Anne et Manon... ;)
Une séquence m'a rappelé, tout particulièrement l'habitude d'une de mes soeurs, Maud pour ne pas la citer ! :
Marine , la petite, va se coucher. Elle installe son doudou dans son lit et comme elle pense qu'il se sent seul, elle ajoute à ses côtés "Puduk et Ramolo" et puis " Ravioli et toute la clique tant qu'on y est". Du coup, il y a des milliards de peluches dans son lit. Comme elle n'a plus de place, elle dort par terre. C'était tout à fait Maud! :) :) :)
Pour ma part, je crois me souvenir ( mais je ne suis vraiment plus sûre du tout ;) ) d'avoir tenté à plusieurs reprises d'ouvrir le cadenas du journal intime de ladite Maud...

Une bande dessinée pour les petits et pour les grands, très drôle et gaie, à découvrir et à faire découvrir!

Merci à BelleSahi qui m'a donné envie de lire le premier album des aventures de ces deux chipies.

Les Sisters 1 : Un air de famille, Cazenove & William ( Bamboo, 2008)

par Finette publié dans : Bande dessinée, Manga
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Dimanche 26 octobre 2008

Valentine a 14 ans et vit avec sa mère à Lille. C'est la rentrée scolaire. Elle entre en 3ème et se retrouve dans la même classe que ses copines, Yamina la fan de manga, la petite Julie qui a un an d'avance et dont on se moque gentiment et Émilie l'extravertie, la meneuse du groupe qui fait les 400 coups.
Valentine est plus réservée et introvertie que ses amies, elle est un peu à part dans son propre groupe. Elle est secrètement amoureuse du beau Félix qui est dans une autre classe de 3ème . Par ailleurs, c'est une sportive accomplie qui a pratiqué pendant quelques années  la gymnastique en compétitions. Valentine a encore un pied dans l'enfance , elle collectionne les pandas sous toutes leurs formes. Elle traîne une sorte de nonchalance propre à l'adolescence; elle a un physique androgyne mais revêt parfois des tenues très féminines.

Cette bande dessinée en noir et blanc se déroule durant toute cette année de troisième. Le collège y est décrit  avec un réalisme saisissant, rien n'a été oublié par l'auteur : les cours, les interros,  les anti-sèches, les devoirs,les cigarettes grillées durant les récrés en cachette des surveillants, les repas infects à la cantine, les chiffres sous les verres indiquant l'âge de l'usager, les passages à l'infirmerie, les amourettes, les rencontres parents-profs, les matchs inter-classes, la boum de fin d'année, le brevet...
Vanyda a parfaitement su capter  et retranscrire l'univers des adolescents, leur langage et leurs préoccupations. Elle nous replonge dans les années collège en utilisant un ton gai, léger, frais, humoristique et en même temps très profond. Ses personnages sont extrêmement attachants et souvent drôles, le regard qu'elle porte sur eux est tendre et émouvant.
Ses illustrations sont fines, réalistes et sobres mais avec un souci du détail. Elles nous permettent d'entrer rapidement dans l'intimité de ces collègiens qu'on a  ainsi l'impression de connaître depuis toujours.
J'ai vraiment adoré cette bande dessinée, tout m'a plu, des première et quatrième de couverture, aux dialogues, au scénario , au titre et aux dessins.
Auparavant, du même auteur , j'avais lu "L'immeuble d'en face" que j'avais bien apprécié mais là je suis sous le charme!
J'ai hâte de découvrir les tomes suivants : "Celle que je voudrais être" puis " Celle que je suis".

Celle que je ne suis pas, tome 1, Vanyda ( Dargaud, 2008)

Site de l'auteur :
http://vanyda.free.fr/

par Finette publié dans : Bande dessinée, Manga
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Samedi 11 octobre 2008

Ihwa est une petite fille qui vit avec sa mère, surnommée la veuve Namwon. Toutes deux vivent dans une campagne, en Corée. Namwon tient une taverne.
Au début de l'histoire, Ihwa a sept ans, elle est très naïve et candide quant à l'amour et elle commence à se poser des questions sur la sexualité. Elle interroge sa mère qui lui répond avec pudeur ,en utilisant des sous-entendus, en faisant des comparaisons en rapport avec la nature et le cycle des saisons. Mère et fille sont très proches et complices.
Nawon éduque sa petite fille du mieux qu'elle peut et alors qu' Ihwa se transforme physiquement et s'éveille à la sexualité , elle, renaît sensuellement avec un homme de passage, un écrivain public.
Ihwa a une amie, Bong-Sun, qui est bien plus délurée et précoce qu'elle et qui n'a pas froid aux yeux avec les garçons. Elle va même lui  apprendre deux, trois petites choses notamment  sur le corps féminin...
Mais Ihwa est plus douce, plus tendre, plus romantique et idéaliste que son amie. Son coeur va bientôt battre pour un jeune moine Chung-Myoung puis pour Sun-Woo, un étudiant.  Elle va connaître ses premiers émois amoureux et ses premières déceptions et désillusions sentimentales...

Ce magnifique album rend hommage aux femmes coréennes dans une société d'autrefois où le poids des traditions pouvait être pesant pour elles. La femme, soumise, servait de faire-valoir à l'homme .
Dans cette bande-dessinée, la plupart des personnages masculins ( clients de la taverne et petits garçons qui tournent autour d'Ihwa et de Bong-Sun) sont ridiculisés et apparentés à  des rustres, des obsédés qui tiennent des propos grivois et déplacés. Seuls l'écrivain public et les prétendants d'Ihwa échappent à cette vision peu flatteuse.

L'auteur présente dans le tome 1 de cette trilogie, deux générations de femmes à deux moments différents et déterminants de leur vie :  Ihwa grandit ( on la suit à sept ans, neuf ans puis treize ans), même si elle est encore une enfant, son corps change et elle découvre tout doucement les tourments de l'amour et  l'éveil aux sens et à la sexualité.De son côté, sa mère, après une longue période de veuvage,  redécouvre les plaisirs charnels et les sentiments amoureux.

Lyrisme, poésie,délicatesse et humour sont omniprésents dans cette "Histoire couleur terre".
Kim Dong Hwa utilise un langage symbolique et métaphorique pour évoquer les femmes, l'amour et la sexualité. Il compare  très souvent ses personnages féminins à des fleurs, différentes selon  l'état émotionnel dans lequel elles se trouvent. Elles sont liées intimement à la nature qui les entoure.
Tout est réussi dans cet excellent album, du mot de l'auteur en début d'ouvrage et dans lequel il rend un bien bel hommage à sa mère, aux illustrations au trait fin et réaliste, en passant par le scénario, le texte, les titres des différents chapitres jusqu'à la postface d'un critique qui  a rédigé une sorte d' "explication de texte".

J'ai eu un gros Coup de Coeur pour cet album si raffiné et délicat qui nous entraîne dans un univers complètement dépaysant et dans lequel on apprend un certain nombre de choses sur les moeurs et rites coréens ancestraux.
À découvrir absolument!

Histoire couleur terre, tome 1, Kim Dong-Hwa ( casterman, 2006) 

par Finette publié dans : Bande dessinée, Manga
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Dimanche 31 août 2008

L'histoire se déroule dans une Corée médiévale et plus particulièrement à Songdo.Deux fillettes âgées de 11 ans, Beodeul et Hyongeum, sont confiées à Choseon, une kisaeng ( l'équivalent coréen des Geishas) afin d'en faire des apprenties courtisanes. Celle-ci décide qu'après un mois d'essai, elle n'en gardera qu'une.
Beodeul et Hyongeum sont très différentes. Beodeul vient d'une famille modeste. C'est une petite délurée, très dégourdie, fouineuse, une ambitieuse qui rêve de luxe et d'argent . C'est aussi la moins jolie des deux fillettes.
Hyongeum est issue d'une famille noble mais ruinée. Elle est très gracieuse, timide, réservée, discrète,  assez triste et  fait souvent preuve de bon coeur. 
Choseon  - qui fut autrefois considérée comme la plus grande courtisane de Songdo- tente donc de leur enseigner son art. Il requiert grâce, élégance, subtilité, séduction, délicatesse, discrétion, discipline...
L'apprentissage sera difficile et long.
Beodeul n'en fait qu'à sa tête et commet plusieurs bêtises auxquelles est souvent associée la douce Hyongeum, alors qu'elle n'y est pour rien. Après une énième bévue de Beodeul, Choseon décide d'abandonner les deux fillettes à leur sort. Beodeul choisit de partir seule à l'aventure et d'accomplir sa destinée. Hyongeum va implorer le pardon de Choseon qui va accepter de la reprendre.
Avant de se quitter, les deux fillettes, qui vont suivre un chemin différent, parient qu'elles deviendront les plus grandes kisaengs...


J'ai tout de suite plongé avec délice dans cette bande dessinée où se mêlent poésie, humour, romantisme et sensualité.
La poésie est omniprésente, elle apparaît dans les titres des chapitres, dans les comparaisons des femmes avec les fleurs ou les papillons, dans les métaphores employées, dans le langage, dans le préambule de l'auteur. En outre, Quelques poèmes supposés écrits par des kisaengs précédent les  différentes parties de la bande dessinée.
L'humour surgit par petites touches et notamment à travers le personnage de Beodeul.
Toute l'histoire est imprégnée d'une atmosphère sensuelle voire parfois érotique...
Enfin, cette bande dessinée renseigne sur les codes de séduction, les rituels et les moeurs des coréens à une époque féodale.

Les illustrations, en noir et blanc, sont en harmonie avec le texte, poétiques et gracieuses.
Une belle découverte qui me donne envie de lire les deux tomes suivants.

" Ne va pas croire que les courtisanes sont des gueuses qui ont choisi cette voie par désespoir.
Nous représentons la quintessence de la féminité et notre art fait la part belle au savoir-vivre, au chant ainsi qu' à la danse...Mais c'est un apprentissage long et difficile qui dure toute une vie."

Réplique de Dame Choseon à l'adresse de Hyongeum

" Viens à moi en songe, mon bien-aimé,
qu'importe si c'est une chimère
tu me manques tant que je saurai m'en contenter."
- une kisaeng de Suwon-


Histoires de Kisaeng, T.1, La Barque du destin, Kim Dong Hwa ( Editions Paquet, 2007)


par Finette publié dans : Bande dessinée, Manga
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