Il y a quelques années, l'écrivain Philippe Claudel a exercé en prison le métier de professeur et c'est cette expérience qu'il raconte dans ce
petit livre ( 93 pages).
Il décrit sous forme d'anecdotes, d'instantanés, les moments passés au sein de l'univers carcéral et met le doigt sur les dysfonctionnements du système pénitentiaire : vétusté, manque d'hygiène,
de soins, abus de pouvoir (entre les prisonnniers, entre le personnel et les prisonniers...), insécurité, promiscuité, manque d'intimité...
Il parle aussi de ses relations avec le personnel, les autres professeurs, ses élèves, son attachement pour certains, le regard des gens sur lui en apprenant son métier, les visites des
familles au parloir, le bruit des trousseaux de clés qui revient inlassablement...
Il passe en revue tout ce qu'il a vécu en prison et nous livre un témoignage vraiment intéressant et nuancé, le tout très bien écrit , avec profondeur et intelligence.
Extraits :
« Le regard des gens qui apprenaient que j'allais en prison. Surprise, étonnement, compassion. "Vous êtes bien courageux d'aller là-bas!" Il n'y avait rien à répondre à cela.
Le regard me désignait comme quelqu'un d'étrange, et presque, oui, presque, quelqu'un d'étranger. J'étais celui qui chaque semaine allait dans un autre monde. Je pensais alors au regard qui se
pose sur celui qui dit : " Je sors de prison." Si moi, déjà, j'étais l'étranger, lui, qui était-il pour eux?»
« Je sais qu'en moi, profondément, je n'ai jamais pu me persuader de la réalité des crimes commis par les détenus que je rencontrais chaque semaine. Peut-être moi aussi avais-je
besoin de m'arranger avec cette réalité pour continuer à vivre, à venir en prison, à être dans ce lieu, à y passer des heures. Tout était ainsi amorti par une distance quasi
cinématographique. Je rejetais l'horreur de l'autre côté d'un écran. Je feintais la vérité du crime, comme on peut tenter de le faire avec la corne d'un taureau.»
Le bruit des trousseaux, Philippe CLAUDEL ( Stock, 2002)

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