Le petit corps
Le petit corps c'est celui d'Estelle Maréchal, vingt ans, qui se bat contre l'anorexie et la boulimie.
J'ai lu un certain nombre de livres sur le thème des troubles alimentaires et j'ai eu envie de vous parler de celui-ci car je le trouve particulièrement réussi. En outre, c'est un premier roman et j'aime "promouvoir" les premières oeuvres.
L'auteur utilise des mots crus, parfois violents, pour décrire l'enfer que doit endurer ce petit corps, la lutte acharnée qu'il doit mener pour vaincre le mal.
Elle met bien en évidence l'incommunicabilité avec les autres (proches ou pas) quand on est atteint d'une telle maladie, l'incompréhension des uns, la colère des autres parfois, ou bien encore la compassion.
Les passages à l'hôpital ne sont pas très concluants. Le petit corps, une fois dehors, reprend sa vie d'avant et s'enfonce dans des situations inextricables et dangereuses. Les crises de boulimie se font plus fréquentes et nécessitent davantage d'argent. Alors le petit corps vole, fait la quête et finit par se vendre lui-même. Exténué, il multiplie les tentatives de suicide.
Corinne Solliec, de manière simple et frontale, témoigne d'un mal difficile à traiter et qui fait de plus en plus de ravages.
Voici un passage que j'ai trouvé très pertinent :
"J'ai quitté les urgences le surlendemain. On me laisse sortir, pour que je puisse travailler mes partiels dans les meilleurs conditions. Le soir après les révisions, je regarde les publicités à la télévision qui alternent des images de nourriture coulant à flots comme en pays de cocagne, et des corps de femmes chétifs comme ceux des enfants. C'est bien ça, la pub.
La pub pour la bouffe, c'est un peu le porno du boulimique."
Et un second très significatif :
"Je cours aux toilettes, et là j'enfonce mes doigts dans la gorge, je me mets à vomir la lasagne, par la bouche par le nez, par tous les pores de ma peau, je vomis ma mère, je vomis mon père, je vomis mon estomac hypertrophié, je vomis mon corps obscène."
Pour finir, je veux ajouter que malgré la gravité du sujet, des petits moments de bonheur, de chaleur et de tendresse apparaissent furtivement et le livre se termine sur une note plus qu'optimiste.
Le petit corps, Corinne SOLLIEC (Gallimard, 2006)