La dame à la licorne

Une fois encore, Tracy Chevalier me charme par ses talents de conteuse. Après l’histoire romancée du tableau de Vermeer « La jeune fille à la perle », l’auteur s’attaque ici à une œuvre mythique « La dame à la Licorne », tapisserie conservée au musée de Cluny à Paris.
Son récit se déroule sur trois ans et nous fait voyager entre Paris et Bruxelles.
Sous le règne de Charles VIII, le miniaturiste Nicolas des Innocents se voit commander une suite de tapisseries de grande importance par le noble Jean Le Viste, qui souhaite décorer une des pièces de sa demeure parisienne. Il souhaite une reproduction de la bataille de Nancy mais sa femme Geneviève de Nanterre s’y refuse. Nicolas des Innocents finira alors par réaliser une représentation des cinq sens avec des personnages féminins – librement inspirés de Geneviève et de sa fille Claude- et une licorne. Une fois les dessins achevés, les travaux de tapisserie sont confiés à des artisans bruxellois par l’intermédiaire du marchand- négociant de Jean Le Viste.
Ce dernier exige que les tapisseries soient achevées en trois ans ce qui constitue un véritable défi pour les artisans.
L’un des intérêts de ce roman, c’est la multiplicité des voix qui s’y expriment. En effet, chaque protagoniste donne sa vision des faits ; pour chacun d’eux, la réalisation des tapisseries n’aura pas le même impact et ne revêtira pas la même intensité. Peintre, marchand, tapissiers, épouses, filles et servantes se déchaînent dans un tourbillon de sentiments, de passions, de haine et de trahison.
En outre, « La dame à la Licorne » offre un double aspect, à la fois historique et en même temps romanesque.
Historique, parce que le contexte, à savoir la France du 15ème siècle, est restitué avec précision, certains éléments sont authentiques, par exemple, la manière dont travaillaient les artisans au Moyen Age. A ce sujet, l’auteur n’est pas avare de détails fort intéressants.
Romanesque, parce qu’elle invente la genèse de cette œuvre d’art en brodant tout autour des anecdotes savoureuses, des intrigues de cœur et de cour, qui créent ainsi un véritable suspense.
La dame à la licorne, Tracy Chevalier (Quai Voltaire / La Table Ronde, 2003)
Livre lu et commenté dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2004